—J'ai cru plus d'une fois ne pas réussir, car cette misérable se possède étonnamment, au point que, en constatant son absence apparente de crainte, j'ai douté... Mais j'ai commencé à être sûr de ma piste quand, après avoir gagné sa confiance en lui parlant avec intérêt de son fils, elle me parla d'acheter pour lui un fonds de commerce. C'était son rêve, son idée fixe, et les circonstances la pressaient.

—Comment cela?

—Le patron de son fils était en marché avec un autre acquéreur et n'avait donné qu'un mois à Sophie Brion pour se décider et trouver les fonds.

—Pourquoi n'attendait-elle pas pour un autre fonds de commerce? Ils sont tous les mêmes! ils combinent habilement, et creusent eux-mêmes le trou où ils tomberont.

—Elle poursuivait son idée de voir son fils devenir patron de la maison où il travaillait comme petit commis. J'ai vu sa vanité piquée au vif, parce que M. Marait haussait les épaules quand elle lui parlait d'acheter le magasin.

—La négociation des valeurs l'aurait toujours trahie... elle l'ignorait absolument?

—Oui, et j'ai eu deux fois l'occasion de la maintenir dans son erreur. Enfin, il fallait une invention quelconque pour expliquer qu'elle possédait la somme demandée par le commerçant. Elle me dit donc, il y a cinq jours, qu'elle héritait d'un cousin éloigné, mort à Ménars, auprès de Blois. J'y suis allé hier et j'ai constaté son mensonge. Ce matin, un peu embarrassée de ses valeurs sur lesquelles j'émettais des doutes, elle m'en a montré une partie en me demandant des explications pour les négocier...

Pendant qu'Aubrun entrait dans les détails de son habile campagne, M. des Jonchères courait chez le docteur Cébronne.

Il venait d'arriver, plus fatigué, plus malheureux que jamais.

—Sauvée! lui cria son ami; sauvée, Bernard, mon cher Bernard!