—Je vous dirai tout dans un instant. Arrivons-nous?

—C'est là! dit Gertrude, en désignant un curieux et très vieux bâtiment.

Sur la façade, des constructions à toits plats, formant terrasse à mi-hauteur d'un premier étage, avaient sans doute été ajoutées il y a cent cinquante ans et servaient de petits magasins borgnes. Des vases en fonte, à l'air sale et piteux, les uns à moitié brisés, ornaient encore prétentieusement la longue terrasse.

Cette antique maison était une partie de l'ancien couvent des Guillemites. Ces moines aux blancs manteaux, sortis d'Italie pour essaimer en France et ailleurs, quittèrent leur monastère de Montrouge pour s'installer au Marais en 1298.

Du côté de la rue des Blancs-Manteaux, les murailles d'une demeure jadis sainte renfermaient des boutiques lépreuses, ignobles débits de vins frelatés, infimes magasins de charbon, tenus par des femmes ébouriffées, à l'air effronté et à la voix criarde.

Mais l'intérieur même de la maison était assez bien habité par des commerçants, des travailleurs, des ouvriers horlogers que leurs affaires obligeaient à demeurer dans le quartier.

Mme Deplémont, forcée d'agir vite et bien, car l'état de son mari s'était subitement aggravé, avait pris pour un mois, en attendant de découvrir un loyer moins cher, un petit appartement meublé qui, par hasard, se trouvait à louer. La rue des Guillemites, que traversa Gertrude pour pénétrer dans la maison, a certainement été percée dans l'ancien jardin des moines qui reliait à la chapelle cette partie du couvent.

Avant d'entrer, Cébronne regarda derrière lui et vit que l'inspecteur de la sûreté, très décidé à exercer rigoureusement sa surveillance, s'appuyait patiemment contre le mur servant d'enclos aux derniers restes de ce qui fut le jardin des Blancs-Manteaux.

Gertrude gravit promptement un sombre escalier et, parvenue au second, dit à Bernard:

—Voulez-vous m'attendre quelques minutes ici? Je veux préparer ma mère, lui apprendre moi-même.