—Alors, insista Bernard en la regardant attentivement, vous avez eu quelque vive émotion?
—C'est vrai! dit Gertrude. Une très vive émotion! Mais maintenant, tout va bien.
M. Cébronne pensa que le ton contraint de la jeune fille et la tristesse qui pesait évidemment sur elle et sur sa mère, indiquaient, au contraire, que tout allait mal.
Il remarquait également que Gertrude, dont la belle santé résistait à des épreuves multipliées et à une vie de travail assidu, était pâle et fatiguée. Il avait toujours vu de la douleur au fond des grands yeux d'un bleu presque noir, mais l'expression douloureuse s'accentuait ce jour-là au point de devenir presque sombre.
Le docteur Cébronne n'était pas un homme hésitant; il prenait promptement ses décisions et les exécutait non moins rapidement. La conviction qu'un nouveau chagrin frappait celle qu'il aimait n'était pas faite pour modifier ses habitudes, et, dans cette circonstance délicate, il parla sans aucun préliminaire diplomatique.
—Je suis venu, dit-il, non pour revoir ma malade, mais pour lui poser quelques questions.
—Des questions? répéta Mme Deplémont en regardant sa fille avec anxiété.
—Il faut m'en reconnaître le droit, madame, dit-il doucement; j'aime mademoiselle Gertrude et je viens vous dire mon espoir.
Se tournant vers la jeune fille, il s'aperçut que son beau visage était bouleversé.
—Si vos sentiments répondaient aux miens, dit-il avec ardeur, je serais le plus heureux des hommes!