Après avoir parlé de l’action du curé, il ajoute sagement :

« Il faut cependant que le curé vive à l’écart, qu’il ait son chez soi où l’atmosphère soit plus douce, plus élevée, plus religieuse, afin que son âme puisse s’entretenir dans la bonté, l’élévation d’esprit et d’idées, la religion intérieure… »

« Je tâche de me faire tout à tous, écrit-il pendant les vacances, ne fût-ce que par les saluts, les quelques mots adressés par hasard. Je crois qu’ils ont senti déjà que je prends mon rôle au sérieux ; je voudrais qu’ils sentent combien je les aime, combien je désire les rendre heureux, bons et purs en leur donnant Jésus, l’intensité de sa vie…

« Puis il est quelques âmes que je fréquente de plus près, que J’essaie d’élever, d’ennoblir, dont je voudrais faire l’idéal beau et bon, dont je voudrais rendre la façon de juger large, tolérante et douce, la façon d’agir énergique et prudente… Cet apostolat individuel est bien intéressant, mais assez difficile aussi, car il faut tour à tour une grande précision d’idées et une grande force de sentiments…

« Nous jetons la semence du bien comme les paysans jettent la graine ; à Dieu le soin de faire fructifier l’une et l’autre.

« Qu’il est doux de soutenir, d’instruire, d’éclairer, de vivifier une âme, de lui suggérer doucement les pensées de courage, de vertu, d’amour, de lui faire sentir l’existence de toutes ces choses auxquelles on ne veut plus croire ; de lui révéler l’amour nécessaire de tous les malheureux, la compassion de toutes les personnes, de lui exprimer l’affection qu’on lui porte et le désir qu’on a de la voir se bonifier, s’ennoblir, s’ouvrir à la charité ! Qu’il est doux de faire du bien aux autres ! Comme les relations d’âmes rapprochent les cœurs !… »

Une nature aussi ardente, une intelligence aussi ouverte que celles de M. Merlet n’appartiennent évidemment qu’à une élite ; mais, comme il le dit lui-même, il était uni à ses confrères par une complète communauté d’idées et de sentiments.

Brillantes ou médiocres, les facultés morales et intellectuelles sont cultivées au séminaire de façon à donner leur maximum de bien ; les bonnes volontés sont toutes dirigées vers les sommets, et si les sommets ne sont pas toujours atteints, il reste néanmoins des sentiments et des aspirations qui, de façon générale, dépassent de beaucoup la moyenne.

C’est pourquoi Jules Lemaître, après avoir parlé des préjugés et des calomnies répandus dans certains milieux, a écrit ce mot, frappé au coin du bon sens :

« Les gens qui ajoutent foi à ces lourdes calomnies ignorent ce qu’est l’éducation des prêtres et quelle empreinte elle leur enfonce au plus profond de l’âme. Puis ils ne songent point combien serait dure à jouer et de peu de profit la comédie qu’ils leur attribuent, et de quels horribles sacrifices les prêtres incroyants payeraient d’assez minces avantages. »

En se rendant compte de cette éducation, on comprend mieux les ressorts intimes d’un épiscopat et d’un clergé qui, fermes devant une basse persécution qu’ils subissent sans se plaindre, donnent le noble exemple de l’union, de la discipline et du désintéressement, forces qui ne naissent pas spontanément, mais sont la conséquence des vertus acquises.

IV

Le service militaire en 1908. — Auguste Merlet résume toutes ses pensées en un seul mot : faire son devoir. — Il le fait en cherchant aussi à faire du bien. — Premières atteintes de la maladie. — Il est réformé le 5 décembre. — Les derniers mois de sa vie.

Au mois d’octobre 1908, l’abbé Merlet devait entrer dans ses deux années de service militaire.