Chaque soir, il se retirait pendant quelques heures dans une maison où un vicaire général de Vannes offrait l’hospitalité aux séminaristes soldats.
« Me voilà sorti et en train de vous écrire. Quel bonheur ! je n’entends plus crier, blasphémer… »
Son biographe raconte un fait qui est à l’honneur des soldats avec lesquels devait vivre l’abbé Merlet.
« Un soir, peu de jours après son arrivée, il avait dû protester contre une conversation déplacée : il l’avait fait avec fermeté, mais sans colère, puis dès le lendemain matin était entré en explications avec celui qui avait été le plus directement visé. Il n’eut pas besoin de faire entendre une nouvelle réclamation ; à partir de ce jour, personne ne se permit devant lui une parole inconvenante ou de nature à le froisser. Comme il se l’était promis, de tous ses camarades il se fit des amis. Il estimait d’ailleurs qu’il fallait pour cela peu de chose : « De la gaieté beaucoup, de la douceur et de la patience, avec une grande régularité de vie. »
Il avait fait un premier voyage à Angers quand il reprend son journal délaissé depuis son entrée à la caserne.
« Voilà le premier épanchement de ma vie de caserne. J’ai senti hier au séminaire que j’ai besoin de cela si je veux vivre de l’intelligence et de l’âme, et non pas seulement du corps.
« Oh ! le cher séminaire ! le séminaire, ce corps moral que je me prends à aimer passionnément en chaque lieu où la persécution transporte sa demeure, comme je fus content de m’y retrouver hier et de vivre un jour au milieu des directeurs et de mes confrères !
« Je me souviens encore de l’émotion qui me saisit au cœur dans le train, l’autre jour, quand j’approchais d’Angers, et devint de plus en plus intense jusqu’à ce que mon âme se fut abritée dans la maison du Seigneur. Au séminaire sont tous mes souvenirs les plus chers, mes affections les plus efficaces et les plus fécondes pour ma vie : c’est là que l’on prie le plus pour moi, pour que je sois fort et vaillant dans les obligations les plus mesquines et les occupations les plus vulgaires. »
Le jour suivant, il continue :
« La journée fut pénible, aujourd’hui. Les lendemains de permission sont tristes, tristes. J’avais l’âme lasse, abattue. Je pense beaucoup au bon Dieu… De temps en temps, mon esprit se retourne vers Lui, à l’une ou l’autre occasion… pour un blasphème que j’entends prononcer ou une sottise qu’un camarade laisse échapper…
« Mais cependant je ne suis pas content de moi. Il me semble que je n’ai pas d’ardeur, que je ne fais pas ce que je devrais faire. Je n’ai pas assez d’entrain ni de bonne humeur, je ne sais pas profiter de toutes les occasions qui pourraient naître de faire du bien, de dire une bonne parole, de relever un semblant de provocation à parler. »
Le 15 novembre, il écrit à un ami :