Nous nous installâmes dans le salon en attendant nos convives, et bientôt mon oncle arriva, accompagné du commandant de Conprat, auquel il me présenta.
Mon Dieu, l'excellente figure que celle du commandant!
Il avait les yeux limpides comme ceux d'un enfant, avec des moustaches et des cheveux blancs comme la neige; une physionomie si bonne, si bienveillante, qu'il me rappela mon curé, bien qu'il n'y eût entre eux aucune ressemblance véritable. Je me sentis aussitôt attirée vers lui, et je vis que la sympathie était réciproque.
«Une petite parente dont j'ai entendu parler, me dit-il en me prenant les mains; permettez-moi de vous embrasser, mon enfant, j'ai été l'ami de votre père.»
Je me laissai embrasser de bonne grâce, non sans me dire tout bas qu'il serait bien préférable que son fils le remplaçât dans cette opération délicate.
Enfin, il entra!... et j'aurais bien échangé ma dot entière et ma jolie robe par-dessus le marché contre le droit de courir à lui et de l'embrasser à grands bras.
Il donna une poignée de main à ma cousine et me salua cérémonieusement que je restai interdite.
«Donnez-moi donc la main, dis-je; vous savez bien que nous nous connaissons.
—J'attendais votre bon plaisir, mademoiselle.
—Quelle bêtise!