—Eh bien, Reine! gourmanda mon oncle.

—Une fleur un peu sauvage, dit le commandant en me regardant avec amitié, mais une jolie fleur, vraiment!

Ces paroles ne réussirent pas à dissiper l'irritation que j'éprouvais sans trop savoir pourquoi, et je restai quelque temps silencieuse dans mon coin, à observer M. de Conprat, qui causait gaiement avec Blanche. Ah! qu'il me plaisait! et que le cœur me battait pendant que je retrouvais en lui ce bon rire, ces dents blanches, ces yeux francs auxquels j'avais tant rêvé dans mon affreuse vieille maison! Et ma tante, mon curé, Suzon, le jardin mouillé, le cerisier dans lequel il avait grimpé défilaient dans mes souvenirs comme des ombres fugitives.

Bientôt je me mêlai à la conversation, et j'avais recouvré une partie de ma bonne humeur quand nous passâmes dans la salle à manger.

Placée entre le curé et M. de Conprat, j'attaquai immédiatement celui-ci.

«Pourquoi n'êtes-vous pas revenu au Buisson? lui dis-je.

—Je n'ai pas été libre de mes actions, ma cousine.

—L'avez-vous regretté au moins?

—Vivement, je vous assure.

—Pourquoi donc ne me donniez-vous pas la main en arrivant?