«Pourquoi peindre des arbres, mon cousin? disais-je. L'arbre le plus laid est encore mieux que ces petits paquets verts que vous mettez sur votre toile.

—Est-ce ainsi que vous comprenez l'art, jeune cousine?

—Croyez-vous que Junon n'est pas mille fois plus belle en réalité que sur son portrait?

—Si, certes, je le crois!

—Et ces petites fleurs bleues que vous mettez dans les arbres, qu'est-ce que cela?

—Mais c'est un coin du ciel, ma cousine!»

Je pirouettais et m'écriais d'un ton pathétique:

«Ô cieux, ô arbres, ô nature, que de crimes se commettent en vos noms!»

Mon oncle avait de nombreux amis à V...; il était allié à la plupart des familles du pays, et tenait table ouverte. Il était rare que nous n'eussions pas quelques convives à déjeuner ou à dîner. C'était un moyen pour moi de faire connaissance avec les usages mondains et d'apprendre, comme me l'avait dit le curé, à équilibrer mes sentiments. Mais je dois dire que je n'équilibrais pas grand'chose, et que je n'arrivais guère à dissimuler des impressions et des pensées souvent aussi saugrenues qu'impertinentes.

Mon oncle et Junon, absolument rigides sur le chapitre des convenances, m'adressaient quelques objurgations bien senties; mais autant en emportait le vent! Avec une ténacité vraiment désolante, je ne perdais pas l'occasion de commettre une bévue ou de dire une bêtise.