—Ce que vous dites n'est pas très encourageant, mademoiselle.

—Pour les gens qui n'ont pas de sang dans les veines! répondis-je dédaigneusement. Quand je serai mariée, j'irai en Tartarie.

—Dieu merci, vous ne serez pas libre, ma nièce!

—Bien sûr que si, mon oncle; je ne ferai qu'à ma tête, jamais à celle de mon mari. Du reste, je le mènerai à Boukhara pour qu'il soit mangé par les vers.

—Comment? mangé par... murmura le baron timidement.

—Oui, monsieur, vous avez bien entendu. J'ai dit mangé par les vers, car, à mes yeux, la plus charmante position dans la vie, c'est celle de veuve...»

Haut et puissant baron Le Maltour, bien que d'une race de preux, ne résista pas à l'épreuve. Comprenant le sens caché de mes lubies tartariennes, il s'en alla et ne revint plus.

Mon oncle se fâcha, mais je ne m'en émus point. Je fis une pirouette et lui dis d'un ton sentencieux:

«Mon oncle, qui veut la fin veut les moyens!»

XV