—Qu'est-ce que tout cela? demanda le baron, abasourdi.
—Comment! est-ce que vous n'êtes jamais allé en Tartarie?
—Mais non, jamais.
—Jamais allé en Tartarie! dis-je avec mépris. Connaissez-vous au moins Nasr-Oullah-Bahadin-Khan-Melic-el-Mounemin-Bird-Blac-Bloc et le diable?»
J'ajoutai quelques syllabes de ma façon au nom de Nasr-Oullah pour faire plus d'effet, pensant que l'ombre de ce digne homme ne sortirait pas de la tombe pour me le reprocher.
Mon oncle et ses convives se mordaient les lèvres afin de ne pas rire, la physionomie de M. Le Maltour offrant l'expression du plus complet effarement, et Blanche s'écria:
«Perds-tu la tête, Reine?
—Mais non, du tout. Je demande à monsieur s'il partage ma vive sympathie pour Nasr-Oullah, un homme qui avait tous les vices, paraît-il. Il passait son temps à égorger son prochain, à jeter les ambassadeurs dans des cachots où il les laissait pourrir; enfin, il était doué d'énergie et ignorait la timidité, horrible défaut, à mon avis! Et son pays!... Quel charmant pays! Toutes les maladies y règnent, et j'y enverrai mon mari. La phtisie, la petite vérole, des vomissements qui durent six mois, des ulcères, la lèpre, un ver appelé rischta qui vous ronge; pour le faire sortir on...
—Assez, Reine, assez; laissez-nous déjeuner en repos.
—Que voulez-vous? mon oncle, je me sens attirée vers la Tartarie. Et vous? dis-je à M. Le Maltour.