—Éprouves-tu ce malaise souvent, Reine?

—Non..., seulement quelquefois. Ce n'est rien, n'en parlons plus.»

Blanche passa la main sur son front comme une personne qui désire chasser une pensée importune. Mais je repris la conversation d'une voix si ferme qu'elle parut délivrée de son inquiétude.

«Eh bien! Junon, que comptes-tu faire?

—Mon père m'a dit que ce mariage comblerait tous ses vœux, Reine.

—Cela te plaît-il?

—Le mariage me plaît, évidemment; toutes les convenances sont réunies; mais jusqu'ici je n'aime Paul que comme cousin.

—Que lui reproches-tu?

—Je ne lui reproche rien, si ce n'est de ne pas me plaire assez. C'est un excellent garçon, mais je n'aime pas ce genre d'homme. D'abord il n'est pas assez beau, puis cet appétit normand manque de poésie, tu en conviendras!

—C'est pourtant bien logique de manger quand on a faim! répondis-je en retenant mes larmes.