Ce projet évidemment était fort pénible, mais je m'y cramponnai avec ardeur; je le méditai, le caressai avec une joie presque maladive. Par exemple, je jure sur l'honneur que je n'eus jamais l'idée de m'asphyxier ou d'avaler du poison, moyens d'en finir si chers aux humains de notre temps. Mais, ayant lu dans je ne sais quel livre qu'une jeune fille était morte de chagrin à propos d'un amour contrarié, je décrétai que je suivrais cet exemple.
Mon parti pris, et ma mauvaise mine me confirmant dans mes pensées lugubres, je décidai qu'il était poli, convenable, de prévenir le curé et que, du reste, je ne pouvais pas mourir sans lui serrer la main.
Ceci bien déterminé, j'entrai un matin dans le cabinet de mon oncle et je le priai de me laisser aller au Buisson.
«Il vaut mieux dire au curé de venir ici, Reine.
—Il ne pourra pas, mon oncle; il n'a jamais un sou devant lui.
—Ce n'est guère amusant de vous mener là, ma nièce.
—Ne venez pas, mon oncle, je vous en prie, vous me gêneriez beaucoup. Je désire aller seule avec la vieille femme de charge, si vous le permettez.
—Faites ce que vous voudrez. Ma voiture vous conduira jusqu'à C....., où il sera facile de trouver un véhicule quelconque pour vous mener au Buisson. Quand partez-vous?
—Demain matin, de bonne heure, mon oncle, je désire surprendre le curé et je coucherai au presbytère.
—Allons, soit! Je vous renverrai la voiture dans deux jours. Soyez à C... après-demain vers trois heures.»