Il me regarda attentivement sous ses gros sourcils, en se frottant le menton d'un air préoccupé.
«Êtes-vous malade, Reine?
—Non, mon oncle.
—Petite nièce, dit-il en m'attirant à lui, j'en suis presque arrivé à souhaiter que mes désirs ne s'accomplissent pas.»
Je le regardai bien étonné, car je croyais toujours fermement qu'il n'avait rien vu.
Je lui répondis avec beaucoup de sang-froid que je ne savais pas ce qu'il voulait dire, que je me trouvais fort heureuse et que je faisais des vœux, pour que tous ses projets réussissent. Il m'embrassa avec affection et me congédia.
Je partis donc le lendemain matin, sans vouloir accepter la compagnie de Blanche, qui désirait venir avec moi.
En route, je réfléchis aux paroles de mon oncle:
«Il sait tout, pensais-je. Mon Dieu, que je suis peu clairvoyante avec mes prétentions! Mais quand même le mariage de Junon n'aurait pas lieu, à quoi cela me servirait-il, puisque Paul est amoureux? Il ne peut pas en aimer une autre maintenant! Je ne comprends pas mon oncle.»
Je ne croyais plus comme autrefois qu'on pût s'éprendre de plusieurs femmes. Jugeant d'après mes propres sentiments, je me disais qu'un homme ne peut aimer deux fois dans sa vie sans présenter au monde le spectacle d'un phénomène extrêmement étonnant.