—Vous me ferez mourir d'impatience avec votre résignation, mon cher curé.

—Ah! que vous avez peu de sagesse, Reine!

—La sagesse, à mon avis, consiste à vouloir le bonheur. Dites-moi qu'il m'aimera, mon curé, je vous en prie.

—Mais je ne demande pas mieux, mon cher enfant», répondait le curé, qui malgré son effroi pour la souffrance physique, eût bien été capable de suivre l'exemple de Mucius Scévola et de brûler sa main droite, si mon bonheur avait dépendu d'un tel sacrifice.

Néanmoins, malgré la joie de posséder mon curé, malgré la bonté de mon oncle et de tous ceux qui m'entouraient, je devenais extrêmement triste.

J'aimais à parcourir seule les allées du bois. J'aimais à rester pendant de longues heures près de la cascade, méditant sur notre dernière entrevue, songeant à ce que je ferais si je le voyais apparaître gai, charmant et les yeux pleins de cette expression qui m'avait tant plu au Buisson, et que depuis je ne lui avais pas revue pour moi!

Cet amour de la solitude se développait de jour en jour, et ma mélancolie grandissait en proportion. Enfin, je perdis peu à peu toute ma loquacité, et si M. de Pavol, depuis longtemps déjà, n'avait pas pris au sérieux mon amour, ce fait seul lui eût prouvé sa profondeur.

Six mois passèrent ainsi.

Un jour, l'anniversaire de mon arrivée au Pavol, j'étais assise dans le jardin du presbytère. Deux heures auparavant, une pluie d'orage avait rafraîchi l'atmosphère et arrosé les fleurs du curé. Il s'amusait à chercher des limaçons pendant que, sous l'influence de pensées agréables, j'appuyais la tête sur le mur près duquel mon banc était placé et me laissais posséder par de joyeuses espérances. Les gouttes d'eau, qui obligeaient les feuilles à se courber sous leur poids, troublaient seules en tombant mes réflexions, et l'odeur de la terre mouillée me rappelait les meilleures heures de ma vie.

De temps en temps, le curé me disait: