«C'est étonnant, tous ces limaçons! Croiriez-vous, Reine, que j'en ai déjà trouvé plus de cinq cents?»

Je relevais la tête nonchalamment et contemplais en souriant le bon curé qui continuait ses recherches avec ardeur. Puis je reprenais mes rêveries et je finis par tomber dans un demi-sommeil.

Je fus réveillée par le grincement de la barrière qui fermait la haie du jardin, et le son d'une voix pleine de gaieté me causa la plus violente secousse que j'eusse jamais ressentie.

«Bonjour, mon cher curé, comment allez vous? Combien je suis content de vous voir! Et Reine, où est-elle?»

Reine était toujours assise à la même place, dans l'impossibilité de dire un mot et de faire un mouvement.

«Ah! la voilà, s'écria Paul en s'approchant de moi à grandes enjambées. Chère petite cousine, que je suis heureux, mon Dieu, que je suis heureux de vous revoir!»

Il prit ma main et l'embrassa...

J'assure que ce qui se passa ensuite fut indépendant de ma volonté, et qu'il ne faut pas faire de suppositions malveillantes sur mon compte.

C'était de toutes mes forces, je l'affirme, que je luttais contre la tentation; mais quand je sentis ses lèvres sur ma main, quand je compris que cet acte n'était point inspiré par une galanterie banale, mais par un sentiment plus profond, quand je le vis se pencher sur moi et me regarder avec une expression inquiète, affectueuse, particulière, plus ravissante cent fois que celle qui m'avait tant fait songer... ce fut plus fort que mon énergie, et la fatalité, à laquelle je crois depuis ce moment-là, m'emporta et me jeta dans ses bras.

J'eus à peine le temps de sentir l'étreinte qui répondit à mon élan. Je me réfugiai, rouge et confuse, sur le banc, en cachant mon visage dans mes mains, non sans avoir entrevu la figure du curé, dont l'air à la fois stupéfait, effarouché, ravi, revint plus tard dans mes souvenirs.