—Mais non sans tempêtes, interrompit le jeune voyageur. Voyons, prince, soyez indulgent, et laissez le monde s'arranger de ce qu'il a. C'est de la philosophie, cela, n'est-ce pas, princesse?

Nadia sourit et ne répondit pas.

—Vous viendrez à la musique, tantôt? demanda Roubine, au moment où Korzof allait les quitter.

—Certainement! Sans cela je ne me serais pas tant pressé. Je passe chez moi, pour y jeter un coup d'œil, et je vous rejoins. Vous y allez sans doute?

Nadia fit un signe de tête affirmatif. Le jeune homme s'inclina devant elle, serra la main de son père, et l'instant d'après la calèche passa devant la grille du jardin, au grand trot de ses superbes chevaux.

Roubine regarda sa fille du coin de l'œil; elle paraissait très calme; une légère rougeur teintait ses joues, ordinairement d'un ton mat.

—Comment le trouves-tu? demanda-t-il en passant le bras de Nadia sous le sien.

—Mais, mon père... comme à l'ordinaire, répondit-elle tranquillement. Un peu hâlé, mais c'est assez naturel; on dit qu'un voyage en mer produit toujours cet effet.

Le prince, désappointé, quitta le bras de sa fille et fit deux pas vers le salon.

—Voulez-vous un peu de musique, mon père? lui dit-elle en le rejoignant aussitôt.