Ils s'étaient arrêtés sur la terrasse, et Nadia regardait la mer, qui changeait de couleur à la lueur décroissante du jour, lorsqu'une voiture s'arrêta devant la villa, et les chevaux, devenus soudain immobiles, firent danser le métal de leurs gourmettes.

Presque au même instant, Dmitri Korzof apparut dans l'embrasure de la porte vitrée qui communiquait avec la terrasse.

—Bonjour, prince, dit-il; j'ai aperçu votre signal; je me permets de venir vous remercier.

Il s'inclina devant la jeune fille, qui lui présentait sa main, et la porta respectueusement à ses lèvres.

—Rentrant au logis après une absence de quatre mois, dit-il, vous ne pouvez pas vous figurer combien la vue de votre pavillon m'a fait battre le cœur.

—Plus que celle du pavillon national? demanda la jeune fille en fronçant légèrement le sourcils.

—Ce n'était pas du tout la même chose, répondit le nouvel arrivé avec un sourire lumineux qui seyait fort bien à son visage intelligent et brave: le pavillon russe, c'était la patrie; le vôtre, princesse, c'était... c'était l'amitié.

—Il n'a pas osé dire la famille! fit le prince en riant, pendant que Korzof rougissait et que Nadia détournait la tête d'un air mécontent. Il n'a pas osé, parce qu'il a une sœur féroce qui est jalouse de tous ses amis! Toujours jalouse, la comtesse, eh?

—Toujours et plus que jamais, répondit Korzof en riant aussi. Mais cela ne m'empêche pas, cher prince, de vous aimer comme un parent; au fond, ma sœur le sait bien, et elle en est enchantée. Je ne vous demande pas comment vous vous portez? L'air de la mer vous sied à merveille, princesse.

—Quel aplomb d'appeler ça la mer! fit Roubine: un petit bras de golfe, sans marées...