—Tout le monde à la campagne est pénétré de la bonté de notre princesse. Les effets d'une initiative généreuse sont parfois bien divers et bien inattendus... En voyant le mal que la princesse se donne, plus d'un, qui ne songeait qu'à vivre honnêtement en remplissant son devoir, a compris que cela n'était pas suffisant, et s'est adonné à d'autres études. Le petit hôpital est trop petit, et mon père ne peut plus suffire aux demandes des malades; le peu de connaissances qu'il a en médecine, celles que notre princesse a bien voulu lui communiquer, n'est plus à la hauteur des besoins... il nous faudrait un jeune médecin, un officier de santé, tout au moins...
—Qui se dévouera assez à la cause de ceux qui souffrent, pour s'enterrer dans un village de province, sans relations intellectuelles, sans distractions d'aucun genre...
—J'avais pensé, reprit Stepline, de la même voix contenue et pour ainsi dire étouffée, que si notre princesse daignait m'encourager...
—Eh bien? fit Nadia, un peu curieuse.
—J'aurais volontiers fait les études nécessaires... Ce n'est après tout ni très-long ni très-difficile, et alors...
—Vous auriez consacré votre vie à notre petit hôpital? demanda la jeune fille, un peu troublée par cette proposition inattendue.
Stepline la regarda.
—Certes, dit-il.
—Je vous croyais ambitieux.
Une lueur singulière passa dans les yeux du jeune homme.