Nadia embrassa son père. La porte s'ouvrit, et Korzof entra.
—Il pleuvait tellement, dit-il en s'excusant de se présenter de si bonne heure, et la journée me paraissait si longue, que je suis venu, au risque d'être importun...
—Non, non! s'écria Roubine enchanté. Nous allons faire un whist avec un mort, en attendant le dîner. Il n'y a encore que les cartes pour tuer une journée qui ne veut pas mourir.
La table de jeu fut aussitôt dressée, et les trois partenaires s'assirent gravement autour, comme si c'eût été un autel, prêt pour quelque sacrifice. Avec l'entrée de Korzof une influence de joie et de bien-être semblait être répandue dans l'appartement. Ils jouèrent ainsi, jusqu'à l'heure du dîner, tout en causant de mille choses.
Vers sept heures, une éclaircie se fit dans le ciel gris, et une bande jaune se montra à l'occident.
—Miracle, il ne pleut plus! s'écria Roubine en ouvrant la porte de la terrasse.
Une bonne odeur de verdure mouillée pénétra dans la salle à manger, et les trois amis se risquèrent au dehors. La vapeur d'eau montait de partout en un brouillard léger que perçaient à peine des points plus foncés représentant des édifices ou des masses d'arbres. Un peu de soleil apparut, éclairant d'une joie mélancolique les arbrisseaux encore abattus sous le poids de l'averse.
—Ah! on revit! s'écria Roubine en se dégourdissant les jambes à grands pas.
Nadia était restée sur le seuil, pour ne pas mouiller ses petits souliers. Korzof s'approcha d'elle.
—S'il fait beau, mademoiselle, lui dit-il, n'irez-vous pas vous promener demain dans les parterres?