—Une gaffe! cria Korzof, un bâton, n'importe quoi...

Il n'y avait rien sur le pont, et d'ailleurs la flamme voltigeait déjà dans les agrès. Korzof se souvint qu'il avait de la poudre à bord.

—Au canot! cria-t-il.

Ses hommes y étaient déjà; il y descendit le dernier, laissa retomber la chaîne, et la légère embarcation s'éloigna à force de rames. Sur le fleuve, les autres bateaux qui s'étaient approchés pour lui porter secours avaient reculé, comprenant le danger, et se tenaient à l'écart.

Au moment où le canot abordait aux pieds de Nadia, qui, penchée en avant, cherchait à reconnaître son fiancé, la barque et le yacht, toujours accolés, passèrent de conserve devant eux. Avec le bruit d'un coup de canon, l'arrière du petit navire sauta, pendant que l'avant s'enfonçait gracieusement comme un cygne qui plonge.

—Votre joli navire! s'écria Roubine, plein de regret.

Korzof tenait déjà le bras de Nadia passé sous le sien; le visage enflammé, la barbe et les cheveux roussis, il paraissait à sa fiancée plus beau qu'un demi-dieu.

—Que voulez-vous! dit-il en riant; il faut bien que le bonheur se paye. Polycrate a jeté une bague à la mer,—nous y jetons notre navire,—et nous gardons notre félicité.

Le lendemain, l'empereur se fit présenter Korzof, qu'il connaissait de longue date.

—Que veux-tu pour ton yacht? lui dit-il, après l'avoir complimenté.