—Qu'est-ce que tu veux que j'en pense? répondit Roubine en retournant la page de son journal, derrière laquelle il disparut momentanément en entier. C'est son affaire, à ce garçon.
Nadia avait rougi, plus de colère que de honte; elle resta immobile et impassible.
—C'est, voyez-vous, batiouchka, qu'on m'a proposé une fiancée pour mon fils, une jolie fille, bien élevée, et riche... et, sans votre assentiment, je ne voudrais pas,... oh! pour rien au monde, sans votre assentiment et celui de la princesse...
Ses yeux continuaient à aller de l'un à l'autre. Nadia se leva et prit un livre sur la table.
—Qu'est-ce que tu veux? demanda Roubine, quittant enfin son journal. Ma permission pour le mariage de ton fils? Voyons, qui est-elle, la fiancée dont tu parles?
—Pour une demoiselle, ce n'est pas une demoiselle, c'est une simple fille d'intendant, comme mon Féodor est fils d'intendant. Nous autres, nous ne pouvons pas prétendre aux demoiselles, n'est-il pas vrai, princesse? Mais une fille d'intendant qui a un peu d'argent, car cela ne gâte rien, et qui sait tout ce que doit savoir une ménagère, c'est tout ce qu'il nous faut, n'est-il pas vrai, princesse?
—Évidemment, répondit Nadia en se tournant vers lui, pour le regarder bien en face. Pourquoi me faites-vous cette question, Stepline? Vous aviez donc pensé à autre chose?
Elle avait parlé d'un ton calme et si fier, que les yeux mobiles du vieillard se trouvèrent immobilisés sous ses paupières baissées.
—Non, princesse, fit-il humblement. Alors ce mariage a votre agrément?
—C'est mon père qui est maître ici, dit-elle avec hauteur, adressez-vous à lui.