—Mon prince, ce mariage a votre agrément? répéta Stepline d'un ton soumis.
—Je vous ferai observer, dit Roubine un peu irrité par la tournure bizarre et pleine de sous-entendus que semblait prendre cet entretien, vous m'entendez, Stepline, je vous ferai observer que cela ne me regarde pas; je vous ai affranchi il y vingt ans, vous êtes libre, votre fils est libre; il peut contracter mariage dans les conditions qui lui semblent convenables, je n'ai rien à y voir.
—Mais, insista le veux madré, en reprenant son ton plaintif habituel, si Votre Altesse retire ses bonnes grâces à mon fils après moi, et qu'il ne soit pas intendant de Votre Altesse, que deviendront ses enfants, ses pauvres petits enfants, qu'il aura quand il sera marié?
Roubine éclata de rire.
—Ah! toi, par exemple, dit-il, on peut dire que tu sais prévoir les malheurs de loin! Eh bien, écoute-moi: je sais que tu me voles et que tu pressures mes paysans; je ne t'en ai jamais fait de reproches trop sévères; que ton fils fasse comme toi, je ne dirai rien; c'est dans l'ordre. Mais, s'il dépasse la mesure, il n'y a rien de promis; je le chasserai impitoyablement, quand même il aurait à ses trousses deux douzaines de ces pauvres petits enfants dont tu parles.
—Alors vous consentez? Et la princesse aussi? fit le rusé personnage, en rendant la liberté à ses deux yeux.
—Puisqu'on te le dit!
—Alors vous permettez que le fiancé se présente devant vous avec la fiancée?
—Où sont-ils? fit Roubine surpris.
—Dans l'antichambre, où ils attendent le bon plaisir de Votre Altesse.