Ils arrivaient enfin; quelques tours de roue les séparaient seulement de l'hôtel où ils auraient des nouvelles de Korzof; ce fut bientôt franchi. Roubine sortit le premier et offrit la main à sa fille.
—M. Korzof? demanda-t-il au domestique qui attendait des ordres.
—C'est ici, monsieur; il est bien malade.
—Qu'est-ce qu'il-a?
—Une sorte de fièvre cérébrale. Nous l'avons bien soigné, monsieur. Est-ce que monsieur vient pour le voir?
—Parbleu! gronda Roubine; vous ne vous figurez peut-être pas que j'ai fait cinq jours et cinq nuits de wagons pour vous voir, vous? Annoncez le prince Roubine.
—Oh! fit le domestique saisi de respect, ce n'est pas la peine d'annoncer. M. Korzof n'entend rien du tout. Que Votre Hautesse prenne la peine de passer par ici.
—Bien! fit Roubine, Nadia, va dans le salon, et attends-moi.
—Pourquoi donc, mon père? dit-elle de sa voix tranquille. Je vous suis.
Roubine ne répondit rien et passa devant. Ils entrèrent dans une chambre spacieuse, bien éclairée par deux grandes fenêtres; une sœur de charité, debout près de la cheminée, préparait une potion; au fond, dans un lit dont les rideaux avaient été relevés aussi haut que possible et fixés avec des épingles, Korzof, les cheveux et la barbe coupés ras, les yeux brillants et incertains, roulait sa tête ça et là sur l'oreiller en parlant bas et vite. Le prince courut au lit et prit dans les siennes la main brûlante qui gisait sur le drap.