--- Mon pauvre enfant, dit-il, mon cher Dmitri, tu me reconnais, dis?
Le malade le regarda sans le voir, puis recommença à se parler à lui-même. Roubine recula d'un pas, effrayé. Nadia s'était approchée et reprit doucement la main qu'il venait de quitter. Korzof tressaillit et la regarda. Il ne la voyait pas encore; mais, derrière le voile de pensées confuses qui obscurcissait son cerveau, il percevait vaguement la ressemblance de cette image aimée. La sœur de charité s'approcha et lui parla. Il s'était accoutumé à cette figure et à cette voix, et la reconnaissait presque toujours.
—On est venu vous voir, dit-elle; savez-vous qui?
—Non, fit Korzof en passant son autre main sur ses yeux; ses doigts tenaient bien fort ceux de Nadia, mais il en avait à peine conscience. Qui est venu?
La sœur interrogea la jeune fille du regard.
—Nadia, dit doucement celle-ci.
—Nadia? répéta Dmitri avec une expression soucieuse. Oui; mais cette fois, il ne faut pas qu'elle s'en aille.
La jeune fille fit un signe de tête; on lui approcha une chaise; elle se laissa dépouiller de son pardessus et resta assise auprès du lit, sans quitter la main du malade. Au bout d'un quart d'heure, celui-ci desserra ses doigts et s'endormit profondément. La sœur constata la température du corps, qui avait sensiblement diminué.
—C'est vous qu'il appelait sans doute? dit-elle discrètement à Roubine. Il n'a jamais cessé de vous demander, mais on n'a pas pu se procurer votre adresse.
Elle indiquait du doigt le petit tas formé sur le bureau par les lettres et les télégrammes accumulés depuis quinze jours. Le prince haussa les épaules et emmena sa fille, afin qu'elle prît un peu de nourriture.