Elle s'approcha de son père avec un geste câlin, contre lequel il se savait sans ressources.
—Moi, dit-elle, pendant ce temps-là, je resterai à Paris avec mon mari.
Dmitri avait bondi et s'était emparé de la main de la jeune fille: Roubine, en fixant son regard sur elle, vit deux visages au lieu d'un qui l'imploraient de façon à attendrir des pierres.
—Eh bien, voilà une idée! s'écria-t-il, se marier à l'étranger, sans trousseau, sans famille; et puis cette autre idée! se débarrasser de moi, m'envoyer là-bas... Je le crois bien que vous ne vous ennuierez pas ensemble, mais moi, tout seul...
—Mon père, fit Nadia avec son joli sourire à demi railleur, vous dînez en ville trois fois par semaine!
—Oui, riposta Roubine, mais je déjeune toujours chez moi! Voyons, Nadia, c'est une plaisanterie.
—Mon cher père, si vous m'ordonnez de vous suivre, j'obéirai, vous le savez bien, mais cela me fera de la peine.
—Cela ne t'en fera pas de me laisser partir seul?
Les yeux de la jeune fille s'emplirent de larmes.
—Vous savez bien le contraire, mon père; mais qui vous empêche de passer les étés avec nous, en France ou en Allemagne? Et puis nous irons vous voir à la campagne, pas à Pétersbourg, n'est-ce pas, Dmitri? Nous ne rentrerons à Pétersbourg que lorsque l'hôpital sera terminé.