—Dis-la bien vite pour que je te rassure, fit Dmitri en souriant.

—Je me suis demandé souvent si je n'avais pas eu tort de te lancer dans une profession dangereuse; si quelque épidémie survenait, Dmitri, si tu étais atteint, si tu étais frappé...

Korzof resta un instant silencieux, appuyant contre sa poitrine la tête de la chère femme qu'il aimait par-dessus tout, et pour laquelle il représentait toutes les joies de la vie.

—Ce serait bien dur, fit-il enfin, mais de tels événements arrivent... Quel que soit mon destin, aujourd'hui, dans la force et la joie, comme plus tard dans le malheur et les larmes, s'il faut en arriver là, pour ce que tu as fait de moi, Nadia, je te le répète, je te bénis et je te remercie. Et, si je meurs un jour au champ d'honneur, eh bien, tu seras fière de moi!

Il l'embrassa tendrement, et, quand ils reparurent devant Roubine, celui-ci ne se fût jamais douté de la grave question qu'ils venaient d'agiter.

Bien des formalités restaient à remplir; mais qu'on soit impatient ou non, les jours n'en ont pas une demi-heure de moins. Les époux étaient prêts à rentrer en Russie; l'hôpital n'était pas prêt à les recevoir. Roubine partit en avant pour presser les retardataires, et après une longue attente, qui parut interminable aux jeunes gens, car ils étaient en vacances et s'ennuyaient à périr de leur oisiveté nouvelle, il leur télégraphia enfin qu'ils pouvaient revenir.

Lorsque le train qui les amenait ralentit sa marche pour entrer en gare de Pétersbourg, Nadia se tourna vers son mari, dans le compartiment réservé qu'ils occupaient seuls.

—Voici que nous allons toucher notre rêve du doigt, lui dit-elle, et maintenant j'ai peur!

—Peur de quoi, ma chérie?

—Je ne sais pas... d'une désillusion peut-être! Il lui prit la main avec tendresse.