—Mon enfant, me dit le curé sérieusement, vous ne voulez pas m'écouter, et vous vous en repentirez.

—Bah! c'est ce que nous verrons!... J'entends ma tante, elle est furieuse, car c'est moi qui ai lâché la vache, les lapins et les chapons, afin de rester seule avec vous. Donnez-lui une semonce, monsieur le curé; je vous assure qu'elle m'a battue bien fort, j'ai des marques noires sur les épaules.»

Ma tante entra comme un ouragan, et le curé, complètement abasourdi, n'eut pas le temps de me répondre.

«Reine, venez ici!» cria-t-elle, le visage empourpré par la colère et la course désordonnée qu'elle avait dû faire après les lapins.

Je lui fis un grand salut.

«Je vous laisse avec le curé», dis-je en adressant un signe d'intelligence à mon allié.

La croisée, fort heureusement, était ouverte.

Je sautai sur une chaise, j'enjambai l'appui de la fenêtre et me laissai glisser dans le jardin, au grand ébahissement de ma tante, qui s'était placée devant la porte pour me couper la retraite.

Je confesse que je fis semblant de me sauver, mais qu'en réalité je me cachai derrière un laurier et que j'entrai dans un accès de jubilation sans pareil en écoutant les reproches du curé et les exclamations furibondes de ma tante.

Le soir, pendant le dîner, elle avait l'air gracieux d'un dogue auquel on a pris un os.