Elle grognait Suzon qui l'envoyait promener, maltraitait son chat, jetait l'argenterie sur la table en faisant un tapage affreux; enfin, exaspérée par mon air impassible et moqueur, elle prit une carafe et la lança par la fenêtre.

Je saisis aussitôt un plat de riz, auquel elle n'avait pas encore goûté, et le précipitai à la suite de la carafe.

«Misérable pécore! hurla ma tante en s'élançant sur moi.

—N'approchez pas, dis-je en reculant; si vous me touchez, j'écris ce soir même à mon oncle de Pavol.

—Ah!... dit ma tante, qui resta pétrifiée, le bras en l'air.

—Si ce n'est pas ce soir, repris-je, ce sera demain ou dans quelques jours, car je ne veux pas être battue.

—Votre oncle ne vous croira pas! cria ma tante.

—Oh! que si!... Vos doigts ont laissé leur empreinte sur mes épaules. Je sais qu'il est très bon et je m'en irai avec lui.»

Je n'avais certes aucune notion sur le caractère de mon oncle, étant âgée de six ans quand je l'avais vu pour la première et la dernière fois. Mais je pensai que je devais paraître en savoir très long sur son compte et que je faisais preuve ainsi d'une grande diplomatie.

Je sortis majestueusement, laissant ma tante s'épancher dans le sein de Suzon.