Nadia s'était arrêtée à la place où elle se trouvait. Très-pâle, elle regardait son mari, attendant sa réponse avec une angoisse inexprimable.

—C'est vrai, dit Korzof. J'espérais pouvoir vous le cacher encore. La peste est ici, et nous en avons perdu onze malades depuis dimanche.

—Sur combien? demanda Nadia, toujours immobile.

—Sur dix-sept, entrés avec l'infection; mais demain ou après-demain toutes les salles seront contaminées. J'ai donné ordre qu'on ne laisse plus entrer personne, que des pestiférés; il est inutile d'exposer des gens à mourir d'un mal pire que celui dont ils souffrent. On construit dans le jardin un baraquement qui nous sera fort utile, et nous pourrons alors, après les avoir désinfectées, rendre nos salles à leur véritable destination.

Il parlait pour s'étourdir et pour étourdir sa femme, pour l'empêcher de prononcer certaines paroles, qu'il devinait sur ses lèvres. Pierre baissa la tête; il avait entendu les récits qui couraient par la ville, il connaissait l'effroyable danger qui menaçait les siens.

Dans ce silence, ils entendaient distinctement les coups de marteau des charpentiers, qui travaillaient à la construction de planches destinée à abriter les malheureux, et peut-être, grâce à l'air pur qu'ils respireraient, à les sauver. Le jeune homme sortit, pour aller voir les progrès du baraquement. Korzof et sa femme restèrent seuls.

—Dmitri, fit Nadia... elle s'arrêta.

Il la regardait, et elle lut dans ses yeux ce qu'elle craignait d'y voir, en même temps qu'elle eût rougi d'y voir autre chose.

—Oui, répondit-il à son regard. Mais vous allez partir.

—Jamais, fit-elle en posant avec fermeté sa main sur le bras de son mari. Jamais, puisque tu restes.