Le curé dînait tous les dimanches à la maison. Il avait, sans doute, ses raisons secrètes pour ne point vanter devant moi le roi de la création,—excepté quand il s'agissait de ses héros antiques dont il ne pouvait plus craindre l'esprit entreprenant,—car il n'opposait que de bien faibles dénégations aux affirmations de ma tante.

Le dîner du dimanche se composait invariablement d'un chapon ou d'un poulet, d'une salade aux œufs durs et de lait égoutté, quand c'était la saison. Le curé, qui faisait assez maigre chère chez lui, et dont le palais savait apprécier la cuisine de Suzon, arrivait en se frottant les mains et en criant la faim.

Nous nous mettions bien vite à table, et le commencement de la conversation était non moins invariable que le menu du dîner.

«Il fait beau temps, disait ma tante, dont la phrase, s'il pleuvait, n'était modifiée que par le changement du qualificatif.

—Un temps superbe! répondait le curé joyeusement. C'est charmant de marcher par ce joli soleil!»

S'il avait plus, s'il avait neigé, s'il avait gelé, s'il était tombé de la grêle, des pierres ou du soufre, le curé eût également exprimé sa satisfaction, soit en s'étendant sur l'agrément d'un appartement bien clos, soit en chantant les charmes d'un feu bien brillant.

«Mais il ne fait pas chaud, reprenait ma tante. C'est étonnant! De mon temps on prenait des robes blanches à Pâques.

—Les robes blanches vous allaient-elles bien?» demandais-je vivement.

Ma tante, qui prévoyait quelque impertinence, me foudroyait d'un regard préventif avant de répondre:

«Certainement, très bien.