—Oh! m'écriais-je, d'un ton qui ne laissait aucun doute sur mon intime conviction.
—De mon temps, affirmait ma tante, les jeunes filles ne parlaient que lorsqu'on les interrogeait.
—Vous ne parliez pas dans votre jeunesse, ma tante?
—Quand on m'interrogeait, pas autrement.
—Toutes les jeunes filles vous ressemblaient-elles, ma tante?
—Certainement, ma nièce.
—La vilaine époque!» soupirais-je en levant les yeux au ciel.
Le curé me regardait d'un air de reproche, et Mme de Lavalle laissait ses regards errer sur les divers objets qui couvraient la table, avec la tentation bien évidente de m'en lancer quelques-uns à la tête.
La conversation, arrivée à ce point... aigu, tombait subitement, jusqu'au moment où les sentiments amers de ma tante, refoulés par les efforts de sa volonté, éclataient tout à coup, comme une machine soumise à une trop forte pression. Elle exhalait son courroux sur la création entière. Hommes, femmes, enfants, tout y passait. De ces pauvres hommes, il ne restait, à la fin du dîner, qu'un horrible mélange, non d'os et de chairs meurtris, mais de monstres de toutes les espèces.
«Les hommes ne valent pas les quatre fers d'un chien», disait ma tante dans le langage harmonieux et élégant qui lui était habituel.