Une rougeur subite, suivie d'une pâleur de cire, envahit le visage de Sophie; elle baissa les yeux et resta immobile.
De toutes les choses pénibles, sa mère venait de trouver celle qui lui était le plus sensible. La nature ardente et spontanée de cette enfant se faisait une violence extrême pour présenter l'apparence de calme qui choquait si fort les siens, mais ils ne pouvaient le comprendre.
—Madame, dit Volodia, au milieu de la consternation générale, voulez-vous me permettre d'avoir un entretien d'un instant avec Sophie?
Marthe regarda son frère avec surprise; qu'allait-il dire? Allait-il révéler son secret? Le moment semblait mal choisi. Madame Korzof ouvrait la bouche pour répondre, sa fille la prévint.
—Je n'ai rien à entendre de vous, Volodia, dit-elle au jeune homme d'un ton hautain; nous ne partageons pas les mêmes idées, nous ne saurions nous comprendre.
—C'est bien, dit Nadia, froissée de cette attitude; puisque vous avez oublié tout ce qui vous est proche et doit vous être cher, rentrez dans votre chambre, ma fille; plus tard, nous aurons un entretien.
Sophie passa la tête haute au milieu de la famille consternée et disparut sans se retourner.
—Voyons, Pierre, explique-moi cela! fit Nadia en réprimant un mouvement instinctif de violence. Tu avais charge d'âme, toi aussi! S'il est vrai que je vous aie négligés tous deux...
—Oh! ma mère! fit le jeune homme d'une voix suppliante.
Nadia l'interrompit du geste.