Après un silence, elle reprit:
—Tu l'as entendu, Volodia; cet homme, elle ne l'aime pas! Elle s'immole froidement à ce qu'elle considère comme un devoir. Pauvre tête enthousiaste et folle! Nous ne l'abandonnerons pas, n'est-ce pas, mon frère?
Volodia regarda sa sœur pour l'interroger; elle continua:
—Elle est obstinée, madame Korzof a une volonté de fer; ces deux entêtements vont se heurter d'une façon terrible. Si Sophie se sent aimée par nous, si nous lui témoignons la même affection, la même indulgente bonté, n'espères-tu pas que son âme s'ouvrira à notre tendresse, qu'elle comprendra enfin où est la famille, où est le devoir, où est l'amour?
Volodia porta à ses lèvres la main de sa sœur, si bonne et si maternelle, et ne répondit rien, car son âme était triste jusqu'à la mort.
La porte se rouvrit, et Sophie apparut sur le seuil.
—Vous vouliez me parler, dit-elle au jeune homme; que vouliez-vous me dire?
Marthe se retira discrètement; dans un tel entretien, sa présence ne pouvait qu'être nuisible.
Volodia fit deux pas en avant, prit la main de la jeune fille et la conduisit à une chaise où elle s'assit.
—Je voulais vous dire, fit-il, le cœur serré par une indicible angoisse, que vous n'avez pas regardé en vous-même, lorsque vous avez pris votre résolution...