—Oui, dit-elle, pendant que son regard se reposait sur Volodia, qui s'était détourné.

—Tu as entendu ce qu'il disait?

—Oui.

Pierre regarda Sophie, et lui serra la main. L'âme encore trop pleine de l'émotion qu'il venait d'éprouver, il ne pouvait s'épancher en paroles.

Quand ils entrèrent dans la salle à manger, Nadia les accueillit avec ce doux reproche:

—Comme vous rentrez tard, mes enfants!

—Nous n'avons pas perdu notre temps, ma mère! répondit Pierre en lui baisant la main.

Une joie divine et paisible semblait flotter sur eux; depuis la mort du père, jamais la famille ne s'était sentie si étroitement unie dans tous ses membres. Pour la première fois, Nadia, en regardant ces quatre têtes groupées sous sa protection, comprit que malgré son deuil éternel, elle pouvait encore être heureuse.

Les jours passaient, calmes et doux, sous l'influence salutaire de cette paix retrouvée. Par sa tendresse et sa soumission, Sophie s'efforçait de prouver à sa mère combien elle était loin de ses anciennes erreurs, et elle y parvenait sans peine, car madame Korzof lisait désormais dans l'âme de sa fille comme en un livre ouvert. Volodia n'avait plus fait d'allusions à son départ, et personne ne lui en avait reparlé. Marthe elle-même n'osait aborder ce sujet, bien qu'elle vît souvent son frère silencieux et concentré.

Aux premiers jours de l'hiver, cependant, il annonça tout à coup son intention d'aller passer un an à l'étranger. C'était un soir, Sophie venait de quitter le piano, qui vibrait encore, et Nadia, assise dans l'ombre, pour ménager ses yeux qui avaient tant pleuré, se reposait en rêvant des fatigues du jour.