Pierre était devenu un garçon sérieux, quoiqu'il eût besoin à son tour de cette discipline indispensable de la vie solitaire; il n'avait pas voulu quitter l'hôpital avant le retour de Volodia, craignant de laisser prendre en son absence trop de liberté aux jeunes gens qui s'y trouvaient employés.
—À mon tour! dit-il joyeusement, lorsque le premier feu croisé des demandes et des réponses se fut un peu calmé. Je vais prendre aussi mon vol, et vous verrez si je ne vous rapporte pas des idées, des idées, à les remuer à la pelle!
—À propos, fit Volodia, et ton système d'aération?
—Je t'ai attendu un an et un jour, mon cher ami, comme on fait pour les objets perdus, et puis je l'ai essayé tout seul.
—Il va?
—Pas le moins du monde! Ça ne vaut rien du tout!
Il riait de si bon cœur que tout le monde fit chorus.
Le lendemain, comme Volodia entrait dans la salle à manger, pour le thé du matin, il trouva Sophie seule devant le plateau. La veille, ils avaient à peine échangé quelques paroles affectueuses, et il ressentait l'impression étrange que, bien que lui ayant parlé, il ne l'avait pas vue. Elle l'accueillit avec un sourire, et il s'assit près d'elle.
Pendant qu'elle lui préparait son verre de thé, il la regardait attentivement. Elle était peut-être moins jolie qu'elle n'avait été quelques années auparavant, dans la fleur de la seizième année, mais combien son visage avait pris de gravité douce! Elle aussi avait eu sa part de trouble et de chagrin; elle était sortie de la lutte avec elle-même triomphante et reposée, comme ceux qui connaissent le prix des joies du devoir.
—Enfin, dit-elle, vous voilà revenu! J'espère bien que vous ne nous quitterez plus!