—Pour vous prier de me le pardonner, fit-elle en baissant la tête.
—Je ne vous en ai jamais voulu, dit-il gravement, et vos paroles d'aujourd'hui me remplissent d'une joie profonde. Vous êtes maintenant ce que vous deviez être, la digne fille de vos parents...
—Oh! non, fit tristement la jeune fille. Je sais combien je suis différente de ma mère... Vous souvenez-vous du temps où je la méconnaissais?
—Je m'en souviens, dit Volodia.
Sophie rougit. Elle ne pouvait plus songer à l'erreur de sa vie sans un sentiment de honte douloureuse, plus fort en présence du jeune homme que devant tout autre. Il s'en aperçut, et avec sa délicatesse ordinaire, il lui vint en aide.
—Vous n'étiez qu'un enfant dans ce temps-là, dit-il; vous aviez les ténacités irraisonnées de l'enfance. Tout cela est bien loin maintenant; l'avenir est plein de joies pour vous.
—La meilleure joie, dit Sophie sans le regarder, c'est l'estime de ceux qu'on aime.
—Vous l'avez, répondit Volodia en détournant les yeux.
Sophie se pencha sur le plateau, comme si elle était devenue soudain myope.
En ce moment, Pierre entra, et l'on parla de tout autre chose.