V

Néanmoins, mes études de mœurs me paraissant tout à fait insuffisantes, je résolus de les poursuivre à l'aide des romans de la bibliothèque.

Précisément un lundi, jour de foire, ma tante, le curé et Suzon devaient aller ensemble à C... Ma tante avait décidé, comme toujours, que je resterais à la garde de Perrine, et pour la première fois de ma vie, cette décision m'enchanta. J'étais sûre d'être livrée à moi-même, Perrine s'occupant beaucoup plus de sa vache que de mes inspirations.

Pour ce genre d'excursions, le fermier, à huit heures du matin, amenait dans la cour une sorte de carriole appelée dans le pays maringote. Ma tante apparaissait en grande tenue, le chef orné d'un chapeau rond en feutre noir, auquel elle avait ajouté des brides d'un violet tendre. Elle le posait crânement sur le haut de son chignon. Elle était enveloppée de fourrures, qu'il fît chaud ou froid, ayant, depuis son mariage, adopté ce principe qu'une dame de qualité ne peut pas se mettre en route sans porter sur elle la peau d'un animal quelconque. Quand elle était ainsi vêtue, elle croyait fermement que toutes les tares qui dénonçaient son origine étaient effacées.

Elle s'asseyait sur une chaise, au fond de la maringote, laquelle chaise était recouverte d'un oreiller, afin que cette partie délicate de l'individu, qu'une plume honnête se refuse à nommer, ne fût point endommagée.

Suzon, chargée de conduire un cheval qui se conduisait tout seul, se plaçait à droite, sur la banquette de devant, et le curé montait près d'elle.

Alors, simultanément, ils se tournaient vers moi.

«Ne faites pas de sottises, disait ma tante, et n'allez pas dans le potager.

—Ne mettez pas le désordre dans ma cuisine, criait Suzon, et contentez-vous du veau froid pour déjeuner.»

Le curé ne soufflait mot, mais il m'envoyait un aimable sourire et faisait un geste qui voulait dire: