«Sais-tu une chose, Suzon? Tu as dû être bien jolie dans ta jeunesse!» dis-je, en pensant à part moi que, si j'avais été son mari, je l'aurais mise à cuire dans le four pour m'en débarrasser.

J'avais touché la corde sensible, car Suzon daigna sourire.

«Chacun a son beau temps, mademoiselle.

—Suzon, repris-je, profitant de ce subit adoucissement pour arriver au plus vite à mon sujet, j'ai envie de te faire une question!—Quelle est ton opinion sur les hommes... et les femmes?» ajoutai-je, songeant qu'il était ingénieux d'étendre mes études sur les deux sexes.

Suzon s'appuya sur son balai, prit son air le plus rébarbatif, et me répondit avec une conviction entraînante:

«Les femmes, mademoiselle, sont des pas grand'chose, mais les hommes sont des rien du tout.

—Oh! protestai-je, en es-tu bien sûre?

—C'est aussi sûr que je vous le dis, mademoiselle!»

Elle administra un grand coup de balai aux débris de légumes qui se trouvaient par terre, et les fit disparaître avec autant de dextérité que s'ils avaient représenté les bipèdes, objets de son antipathie.

Je me retirai dans ma chambre pour méditer sur l'axiome misanthropique énoncé par Suzon, assez découragée en pensant que je n'étais pas grand'chose, et que mes amis inconnus, les hommes, méritaient la dénomination humiliante de rien du tout.