Mais je ne faisais pas grande attention à ce qui se passait autour de moi. Je songeais à cette charmante Catherine Glover, à ce brave Henri Smith, dont j'étais éprise, en attendant mieux, et voilà que, sans le moindre préambule, j'éclatai en sanglots.
«Ah! mon Dieu! s'écria le curé en se levant vivement. Ma chère petite Reine, mon bon petit enfant?
—Laissez donc! dit ma tante; elle est mécontente parce qu'elle ne nous a pas accompagnés à C...
Mais le curé, qui savait que je détestais les pleurs et que j'étais trop fière pour manifester devant ma tante un chagrin causé par elle, s'approcha de moi, me demanda tout bas pourquoi je pleurais et s'efforça de me consoler.
«Ce n'est rien, mon cher bon curé, dis-je en essuyant mes larmes et en me mettant à rire. Voyez-vous, j'ai horreur de la souffrance physique, la tête me fait mal, et puis je dois être affreuse.
—Pas plus qu'à l'ordinaire», dit ma tante. Le curé me regarda d'un air inquiet. Il n'était pas satisfait de l'explication et se disait que quelque chose d'anormal s'était passé dans la journée. Il me conseilla d'aller me coucher sans plus tarder; ce que je fis avec empressement.
J'étais humiliée d'avoir fait une scène d'attendrissement; d'autant plus humiliée que je ne savais pas pourquoi j'avais pleuré. Était-ce de plaisir, de contrariété? Je n'aurais pu le dire, et je m'endormis en me répétant qu'il était inutile de chercher à analyser mon impression.
Pendant le mois qui suivit, je dévorai la plupart des ouvrages de Walter Scott. Certes, depuis ce temps, j'ai eu des joies profondes et sérieuses, mais, quelque grandes qu'elles aient été, je ne sais si elles ont surpassé de beaucoup en vivacité celles que j'éprouvais pendant que mon esprit sortait de son brouillard comme un papillon de sa chrysalide. Je marchais de ravissement en ravissement, d'extase en extase. J'oubliais tout pour ne songer qu'à mes romans et aux personnages qui excitaient mon imagination.
Quand le curé me définissait un problème, je pensais à Rébecca, que j'avais laissée en tête à tête avec le Templier; quand il me faisait un cours d'histoire, je voyais défiler devant mes yeux ces charmants héros parmi lesquels mon cœur volage avait déjà choisi une quinzaine de maris; quand il m'adressait des reproches, je n'en entendais pas la moitié, étant occupée à me confectionner un costume semblable à celui d'Élisabeth d'Angleterre ou d'Amy Robsart.
«Qu'avez-vous fait aujourd'hui? demandait-il en arrivant.