—Rien.

—Comment rien?

—Tout cela m'ennuie», disais-je d'un air fatigué.

Le pauvre curé était consterné. Il préparait de longs discours et me les débitait tout d'une haleine, mais il aurait produit autant d'effet en s'adressant à un Peau-Rouge.

Enfin, je devins subitement très triste. Si ma tante ne me battait plus, elle se dédommageait en me disant des choses désagréables. Elle avait deviné que j'étais peinée d'être si petite. Elle ne perdait pas l'occasion de frapper sur ce point vulnérable, m'appelait avorton et me répétait que j'étais laide.

Peu de temps auparavant, je me trouvais très jolie, et j'avais beaucoup plus de confiance dans mon opinion que dans celle de ma tante. Mais, en faisant connaissance avec les héroïnes de Walter Scott, le doute surgit dans mon esprit. Elles étaient si belles, que je me désolais en songeant qu'il fallait leur ressembler pour être aimée.

Le curé, par sympathie, perdit ses sourires et ses couleurs. Il m'observait d'un air éploré, passait son temps à priser, en oubliant toutes les règles de l'art, cherchait à deviner mon secret et employait des moyens machiavéliques pour arriver à son but; mais j'étais impénétrable.

Un jour, je le vis se diriger vers la bibliothèque, mais je n'avais garde d'oublier la clef dans la serrure; il revint sur ses pas en secouant la tête et en passant la main dans ses cheveux, lesquels, plus ébouriffés que jamais, produisaient l'effet d'un panache.

Je m'étais cachée derrière une porte, et, quand il passa près de moi, je l'entendis murmurer:

«Je reviendrai avec la clef!»