Cette décision me contraria vivement. Je me dis qu'il découvrirait certainement mon secret et que je ne pourrais plus continuer mes chères lectures.
J'allai aussitôt chercher plusieurs romans que j'emportai dans ma chambre, et les remplaçai sur les rayons par des livres pris au hasard; mais, malgré mes précautions, je jugeai que le carreau de papier dont je m'étais servie pour remplacer la vitre brisée était un indice qui m'accuserait hautement.
C'est ce jour-là que, en examinant des lettres trouvées dans le bureau, je découvris l'origine de ma tante. C'était une arme contre elle, et je résolus de ne pas tarder à m'en servir.
Le lendemain, à déjeuner, elle était de très mauvaise humeur. Dans cette disposition morale, si elle ne trouvait pas un prétexte pour m'être désagréable, elle s'en passait.
Je rêvais à cet aimable Buckingham qui me paraissait adorable avec son insolence, ses beaux habits, ses bouffettes et son esprit, et je me demandais pourquoi Alice Bridgeworth était au désespoir de se trouver chez lui, quand ma tante me dit sans préambule:
«Que vous êtes laide ce matin, Reine!»
Je sautai sur ma chaise.
«Voilà! dis-je en lui passant la salière.
—Je ne demande pas le sel, sotte! En vérité, vous devenez aussi stupide que laide!»
Il est à remarquer que ma tante ne me tutoyait jamais. Du jour où elle était devenue la femme de mon oncle, elle avait cru se mettre à la hauteur de sa situation en supprimant le tutoiement de son vocabulaire. Elle disait vous même à ses lapins.