Nous courions comme des enfants dans l'herbe mouillée, nous trempant les pieds et les jambes en riant aux éclats. Nous causions, nous bavardions, moi surtout, racontant les événements de ma vie, mes petits chagrins, mes rêves et mes antipathies.
Oh! la bonne, la charmante, la délicieuse soirée!
M. de Conprat grimpa dans un cerisier, et l'arbre, secoué violemment, laissa tomber sur moi toute la pluie dont il était chargé. La bouche pleine de cerises, et du haut de son cerisier, il s'écriait que les gouttes d'eau brillaient dans mes beaux cheveux comme une parure idéale et qu'il n'avait jamais rien vu de si joli.
«Et Suzon, me disais-je, qui prétend que c'est un homme comme un autre! Est-il possible d'être aussi sotte!»
Nous revînmes dans le salon, où l'on fit une grande flambée pour nous sécher. Assis à côté l'un de l'autre, Paul de Conprat et moi, nous continuâmes la conversation sur un ton mystérieux.
Ma tante, abasourdie par mon audace, ma liberté et la joie qui rayonnait sur mon visage, ne disait rien. Le curé, ravi de me voir contente, n'en était pas moins si vivement préoccupé qu'il oubliait de se mettre en tiers entre nous. Ah! la bonne soirée!
Enfin, M. de Conprat se leva pour partir, et nous le conduisîmes dans la cour.
Il fit des adieux affectueux au curé et remercia ma tante; puis, arrivé à moi, il prit ma main et me dit à voix basse:
«J'aurais désiré que cette soirée n'eût jamais de fin, ma cousine.
—Et moi donc! mais vous reviendrez, n'est-ce pas?