—Écrire à M. de Pavol!... certes non! La petite ne voudrait plus revenir ici.

—C'est possible, mais c'est là une considération secondaire dont on s'occupera plus tard. Ensuite, elle est appelée à vivre un jour ou l'autre dans le monde, il me paraît nécessaire qu'elle change sa manière de vivre et voie beaucoup de choses dont elle n'a pas la moindre idée.

—Je n'entends pas cela, monsieur le curé, Reine ne sortira pas d'ici.

—Mais, madame, repartit le curé qui s'échauffait, je vous répète que c'est urgent. Reine est triste, sa tête est vive et travaille beaucoup, je suis certain qu'elle s'imagine être éprise de M. de Conprat.

—Ça m'est égal! dit ma tante, qui était bien incapable de comprendre les raisons du curé.

—On a écrit que la solitude était l'avocat du diable, madame, et c'est parfaitement vrai pour la jeunesse. La solitude est contraire à Reine; un peu de distraction lui fera oublier ce qui n'est, en somme, qu'un enfantillage.»

«Qu'un curé a de drôles d'idées! pensai-je. Traiter légèrement une chose si sérieuse et croire que j'oublierai un jour M. de Conprat!»

«Monsieur le curé, reprit ma tante de sa voix la plus sèche, mêlez-vous de ce qui vous regarde. Je ferai à ma tête, et non à la vôtre.

—Madame, j'aime cette enfant de tout mon cœur et je n'entends pas qu'elle soit malheureuse! répliqua le curé sur un ton que je ne lui connaissais pas. Vous l'avez enterrée au Buisson, vous ne lui avez jamais donné la moindre satisfaction, et je puis dire que, sans moi, elle eût grandi dans l'ignorance, l'abrutissement, et qu'elle eût été une petite plante sauvage ou étiolée. Je vous le répète, il faut écrire à M. de Pavol.

—C'est trop fort! s'écria ma tante, furieuse; ne suis-je pas la maîtresse chez moi? Sortez d'ici, monsieur le curé, et n'y remettez pas les pieds.