«Mon cher petit enfant, me dit-il après un long silence, vous n'oublierez pas votre vieux curé?

—Jamais, jamais! dis-je avec élan.

—Vous n'oublierez pas non plus mes conseils. Méfiez-vous de l'imagination, petite Reine. Je la compare à une belle flamme qui éclaire, vivifie une intelligence lorsqu'on la nourrit discrètement; mais si on lui donne trop d'aliments, elle devient un feu de joie qui embrase la maison, et l'incendie laisse derrière lui de la cendre et des scories.

—Je m'efforcerai de gouverner la flamme avec sagesse, monsieur le curé; mais je vous avoue que j'aime assez les feux de joie.

—Oui, mais gare à l'incendie! Ne jouons pas avec le feu, Reine.

—Rien qu'un petit feu de joie, monsieur le curé, c'est charmant! Et si on a peur de l'incendie, on jette un peu d'eau froide sur le foyer.

—Mais où trouve-t-on l'eau froide, ma petite?

—Ah! je n'en sais rien encore, mais je l'apprendrai peut-être un jour.

—Plaise à Dieu que! non! s'écria le curé. L'eau froide, mon cher petit enfant, ce sont les désillusions et les chagrins, et je prierai chaque jour ardemment pour qu'ils soient écartés de votre route.»

Les larmes me gagnaient en entendant mon curé parler ainsi, et j'avalai un grand verre d'eau pour calmer mon émotion.