«Avant de vous quitter, repris-je, je dois vous prévenir que je me crois un goût très prononcé pour la coquetterie.

—C'est là le point faible chez toutes les femmes, je sais cela, dit le curé avec son bon sourire, mais pas trop n'en faut, Reine. Du reste, la fréquentation du monde vous apprendra à équilibrer vos sentiments, et votre oncle, d'ailleurs, saura bien vous guider.

—Que ce doit être charmant, le monde, monsieur le curé! et je suis sûre de plaire, étant si jolie...

—Sans doute, sans doute, mais défiez-vous des compliments exagérés, défiez-vous de la vanité.

—Bah! c'est si naturel d'aimer à plaire, il n'y a aucun mal à cela.

—Hum! voilà une morale un peu lâche, répondit le curé en s'ébouriffant les cheveux. Enfin, ces raisonnements sont de votre âge, et, Dieu merci! vous n'en êtes point encore à dire avec l'Ecclésiaste: Tout est vanité, et rien que vanité!

—Que cet Ecclésiaste est exagéré! Et puis, il est si vieux! J'imagine que ses idées doivent être bien surannées.

—Allons, allons, laissons cela. Je sais bien que l'Écriture sainte et les pensées d'un pauvre curé de campagne ne peuvent pas être comprises par une fille jeune, jolie, et qui me semble assez éprise de sa figure.»

Il me regarda en souriant, mais ses lèvres tremblaient, car l'heure du départ approchait.

«Prenez garde d'avoir froid en route, Reine.