Le fermier était chargé de nous conduire à la place de Suzon, qui, tout entière à son chagrin, restait provisoirement à la garde du Buisson.

Je dis à Jean d'aller en avant, et le curé et moi nous fîmes à pied un petit bout de chemin pour être plus longtemps ensemble.

«Je vous écrirai tous les jours, monsieur le curé.

—Je n'en demande pas tant, mon cher enfant. Écrivez-moi seulement une fois par mois, et bien intimement.

—Je vous écrirai tout, absolument tout, même mes idées sur l'amour.

—Nous verrons ça! dit le curé avec un sourire incrédule. La vie que vous aurez sera si nouvelle pour vous, remplie de tant de distractions, que je ne compte pas beaucoup sur votre exactitude.»

Jean s'était arrêté pour nous attendre, et je vis qu'il fallait partir. Je saisis les mains de mon curé en pleurant de tout mon cœur.

«La vie a de bien vilains moments, monsieur le curé!

—Ça passera, ça passera, répondit-il d'une voix entrecoupée. Adieu, mon cher bon petit enfant, ne m'oubliez pas, et méfiez-vous, méfiez-vous...»

Mais il ne put achever sa phrase et m'aida précipitamment à monter dans la carriole.