Outre qu'il n'est pas dans ma nature de rester silencieuse très longtemps, j'avais un grand nombre de questions à faire. De sorte que lorsque je fus blasée sur le plaisir de me sentir emportée dans une voiture jolie, douce, bien capitonnée, je me hasardai à rompre le silence. «Mon oncle, dis-je, si vous vouliez ne plus lire, nous pourrions causer un peu.
—Volontiers, ma nièce, répondit mon oncle en pliant immédiatement son journal. Je croyais vous être agréable en vous abandonnant à vos pensées. Sur quoi allons-nous disserter? Sur la question d'Orient, l'économie politique, l'habillement des poupées ou les mœurs des sapajous?
—Tout cela m'intéresse peu; et quant aux mœurs des sapajous, j'imagine, mon oncle, que j'en sais autant que vous là-dessus.
—Très possible, en effet, répliqua M. de Pavol, assez étonné de mon aplomb. Eh bien, choisissez votre sujet.
—Dites-moi, mon oncle, n'êtes-vous pas un peu mécréant?
—Hein! que diable dites-vous là, ma nièce?
—Je vous demande, mon oncle, si vous n'êtes pas un peu mécréant ou sacripant?
—Vous... moquez-vous de moi? s'écria mon oncle en employant un verbe fort peu parlementaire.
—Ne vous fâchez pas, mon oncle, c'est une étude de mœurs que je commence, plus intéressante que celle concernant les sapajous. Je veux savoir si ma tante avait raison; elle prétendait que tous les hommes sont des sacripants?
—Votre tante n'avait donc pas le sens commun?