Ces derniers mots furent prononcés avec l’expression d’une douleur contenue si déchirante que Suzanne en trembla d’émotion. Emportée par une pensée généreuse, elle répondit d’un ton résolu :
— Écoutez-moi, Marc ! si, comme vous le dites, notre mariage est désormais impossible, voulez-vous du moins que je ne sois jamais à un autre ? Je vous dois une réparation, et je saurai tenir ma promesse, je vous le jure !…
Elle s’était reculée de quelques pas ; sa taille souple très droite et son visage pâli tout animé d’une résolution enthousiaste, elle n’avait jamais été ni plus belle ni plus séduisante.
— Pauvre, pauvre enfant romanesque ! répondit Preymont d’une voix altérée. Vous ne savez ce que vous proposez, et, lors même que cette promesse pût être sérieuse, je ne vous aime pas de cet amour cruel qui voudrait vous vouer au malheur… Dieu veuille que je ne le revoie jamais, lui ! continua-t-il avec colère, mais je ne serais qu’un misérable si j’abusais de votre naïveté pour approuver, même à titre d’épreuve passagère, cette absurde et généreuse idée de jeune fille…
Cette réponse fut suivie d’un long silence.
Suzanne s’était assise, et, les coudes sur une table, la tête dans ses mains, elle pleurait amèrement. Lui regardait comme dans un rêve les vieux jardins où, quelques jours auparavant, il lui disait encore sa folle tendresse.
Il reprit d’un ton bref et légèrement ironique :
— Vous êtes libre, enfant… et un avenir heureux est devant vous.
— Oh ! Marc, pardonnez-moi ! s’écria Suzanne en tendant les mains vers lui. J’étais sincère dans mes désirs, je voulais vous rendre heureux, je vous aimais depuis mon enfance de la plus tendre affection… J’avais cru que c’était bien, que c’était possible… Je vous ai fait tant de mal ! Comment voulez-vous que je sois heureuse avec un tel remords dans ma vie !…
Elle pencha la tête et se remit à sangloter.