Preymont s’approcha, effleura de ses lèvres les cheveux de la jeune fille en disant d’une voix faible comme un souffle, car il ne se sentait plus maître de lui :

— Ma bien-aimée… vous avez vingt ans ! adieu.

Quand Suzanne leva les yeux, elle était seule et délivrée de tout engagement.

XI

Preymont passa rapidement entre les vieux arbres de formes singulières qu’il avait toujours aimés, traversa presque en courant les allées bordées de grand buis où il l’avait si souvent regardée passer, et, sans vouloir se donner le temps de réfléchir, il retourna précipitamment chez lui en disant :

« Je vais quitter ce pays à l’instant ! qu’importe où j’irai ! »

En se revoyant, ni lui ni sa mère n’entrèrent dans des explications ; il lui dit seulement :

— Je pars !… sans savoir encore où j’irai, mais je vous l’écrirai de Paris. Je ne veux pas rester même une nuit si près d’elle et au milieu de tous ces objets dont la vue m’est devenue intolérable. Quand reviendrai-je ? je n’en sais rien.

Sous l’empire d’une pensée qui la torturait, Mme de Preymont s’écria :

— Ah ! tu ne peux pas partir seul, Marc ! Je vais avec toi ; laisse-moi t’accompagner.