Il s’approcha de Mme de Preymont qui avait assisté en souriant à la fin de la scène.

— Il me semble que j’arrive comme un intrus, lui dit-il. Je n’y comprends rien, car j’ai écrit pour m’annoncer.

— La lettre ne nous est pas parvenue, répondit-elle, mais vous savez, mon cher enfant, que votre chambre est toujours prête.

— Ces imbéciles de la poste n’en font jamais d’autres ! s’écria Saverne avec indignation. Ce soir même je griffonne contre eux un article qui les fera enrager, j’en réponds !

— Êtes-vous bien sûr que la lettre ne soit pas dans votre poche ? demanda Mme de Preymont.

— Par exemple !… je l’ai mise moi-même dans la boîte.

Saverne se fouillait avec la vivacité d’un accusé qui tient à prouver au plus vite son innocence.

— Pardieu, la voici ! dit-il en la présentant avec la plus grande aisance. Seulement elle arrive après mon individu. C’est une belle occasion pour Marc de répéter que je suis un étourdi.

— Étourdi ou non, tu es comme toujours trois fois le bienvenu, répondit M. de Preymont d’un ton affectueux.

Leur amitié remontait au collège. Lorsque l’enfant difforme et timide s’était trouvé livré sans défense à la persécution traditionnelle de ses camarades, Saverne, quoique sensiblement plus jeune que lui, l’avait pris sous sa protection, et, pendant que ses poings robustes mettaient la paix, son bon cœur avait de chaudes paroles pour consoler Preymont, qui ne devait pas plus oublier cette intervention bienfaisante que la profonde amertume de ces jours passés.